Épisode 1.01 : Les Héritiers du dragon

En l'an 101 après la conquête, 181 ans avant la naissance de Daenerys Targaryen, son ancêtre le roi Jaehaerys Targaryen tient un grand Conseil à Harrenhall pour nommer un héritier à la suite de la mort de ses deux fils aînés, mais aussi pour éviter une guerre civile. Le prince Viserys Targaryen, aîné des petits-fils du roi, est choisi comme héritier au détriment de la princesse Rhaenys Targaryen, fille unique du fils aîné Aemon, et normalement héritière du roi.


En l'an 110, cela fait désormais neuf ans que Viserys règne, et sa femme, la reine Aemma, est de nouveau enceinte après plusieurs fausses couches et la perte d'enfants mort-nés. Le roi est convaincu qu'elle porte un garçon. Lors du Conseil restreint, Lord Corlys Velaryon, le maître des navires, avertit le roi et le reste du Conseil de la menace que pourrait représenter la Triarchie, une alliance de trois cités libres d'Essos: Myr, Lys et Tyrosh qui revendiquent les Degrés de Pierre, un archipel situé dans le détroit entre les deux continents[2], mais il n'est guère pris au sérieux par les membres du Conseil. Sir Otto Hightower, la Main du Roi, outré par la brutalité dont fait preuve le prince et frère du roi Daemon Targaryen aux commandes du Guet de Port-Réal, demande au roi que le prince soit renvoyé auprès de son épouse Rhea Royce dans le Val, mais Viserys refuse.


Lors de la joute équestre organisée à Port-Réal pour fêter la naissance prochaine du nouvel héritier, la fille de Viserys, la princesse Rhaenyra et son amie Lady Alicent (la fille d'Otto), sont intriguées par Sir Criston Cole, un chevalier de basse naissance qui défait le prince Daemon. Au même moment, la reine Aemma meurt en couches, à la suite des complications de la césarienne demandée par Viserys pour sauver l'enfant. Malheureusement, ce dernier nommé Baelon, meurt aussi quelques heures après sa mère. Pour essayer de consoler le roi, sir Otto Hightower envoie auprès de lui sa fille Alicent, malgré sa réticence.

 

Lors du Conseil restreint, Otto informe le roi que Daemon a porté, lors d'une fête dans un bordel, un toast au défunt prince Baelon, le qualifiant d'« héritier d'une seule journée ». Viserys, outré par cet acte, déshérite et bannit son frère, et nomme sa fille Rhaenyra princesse héritière. Il révèle à cette dernière que ce n'est pas seulement l'ambition qui a poussé Aegon à conquérir Westeros. C'était un rêve : « tout comme Daenys Targaryen avait prédit la fin de Valyria, Aegon prédit la fin du monde des hommes. Cela commencera par un terrible hiver, surgissant du nord lointain. Aegon a vu les plus noires des ténèbres chevaucher ces vents... et ce qui se trouve en leur sein détruira le monde des vivants. Quand ce grand hiver arrivera, tout Westeros doit se dresser contre lui, et pour que le monde des hommes survive, un Targaryen devra s'asseoir sur le Trône de Fer. Un roi ou une reine assez puissant pour unir le royaume contre le froid et les ténèbres. Aegon nomma ce rêve La ballade de glace et de feu. Ce secret a été transmis de roi à héritier depuis le règne d'Aegon ».


Alors que les seigneurs de Westeros jurent fidélité à Rhaenyra en sa qualité de princesse héritière, Daemon et sa maîtresse Mysaria quittent Port-Réal sur le dos de son dragon, Caraxès.

 

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 Dès le prologue, le ton est donné pour nous mettre en place les enjeux de la série. Une voix off nous explique que le vieux roi Jaehaerys avait 14 héritiers possibles, et que seuls deux ont vraiment été étudiés : Rhaenys Targaryen, l’aînée de ses descendants, et Viserys Targaryen, son descendant mâle le plus âgé. Les seigneurs de Westeros ont choisi d’exclure Rhaenys à cause de son sexe.

Si ce prologue brille aussi peu par sa subtilité que le texte défilant avant chaque film Star Wars, au moins a-t-il l’avantage de rapidement expliquer le contexte et les enjeux de façon claire et rapide. Game of Thrones n’a jamais brillé par ses séquences d’élection, que ce soit l’élection de Jon Snow en tant que Lord Commandant (saison 5), celle d’Euron Greyjoy comme roi des Îles de Fer (saison 6) et celle de Bran comme roi des Sept Couronnes (saison 8). Du coup ce n’est pas plus mal qu’on nous l’occulte en ne nous donnant que son résultat. Après tout, l’élection du roi Viserys n’est pas le sujet de cette série, et les showrunners l’ont bien compris. Après ce prologue et une absence de générique (ce qui est dommage par contre), il est temps de nous emmener 9 ans plus tard et de découvrir cette nouvelle famille Targaryen.

Et ces Targaryen sont au nombre de trois principaux. Aussi, au lieu de vous raconter l’épisode scène par scène, nous allons plutôt essayer de parler de chacun d’entre eux et de leur traitement.


Viserys : le roi dans sa tour d’ivoire

Déjà nous avons celui qui porte l’épisode et lui apporte sa charge émotionnelle : le roi Viserys Ier, joué par l’excellent Paddy Considine. La première scène où on le voit est une réunion du Conseil Restreint qui sera pour lui l’occasion de se positionner sur plusieurs sujets d’État, que ce soit implicitement ou explicitement. On nous le présente ainsi plus responsable que le roi Robert, puisque contrairement à ce dernier il siège à ses propres Conseils. Il prépare sa fille Rhaenyra à l’exercice du pouvoir, même si il garde une certaine ambiguïté à ce sujet puisqu’il attend un fils, en la nommant échanson lors des séances de ce Conseil. Bref, il est sur ce point plutôt présenté comme un bon roi. Sur le plan politique, on nous l’introduit comme un pacifique qui ignore les menaces qui pèsent sur son royaume, comme la Triarchie, une alliance des Cités Libres qui tient les Degrés de Pierre, un point stratégique vital pour le commerce des Sept Couronnes ; ou encore les ambitions de son frère, le prince Daemon, un homme ambitieux qui possède de fait sa propre armée au sein de la ville : le Guet de Port-Réal. Si le personnage est responsable, on sent donc qu’il n’aime pas le conflit et qu’il rêve juste que les choses se passent bien pour sa famille et que tout le monde soit heureux : il protège son frère autant qu’il le peut, il veut faire une grande fête pour la naissance de son prochain fils… Et vu qu’on est dans l’univers de Game of Thrones, ce personnage va virer au tragique dès l’épisode 1 avec la mort en couches de sa femme Aemma Arryn, de la façon la plus choquante qu’il soit, puisque le roi va être contraint de demander lui-même qu’on fasse une césarienne sans anesthésie à la reine afin de sauver l’enfant. Enfant qui mourra d’ailleurs dans la journée. Paye ton trauma. Cet événement et ce qui en découle donnent un goût amer à cet épisode. On est ici loin de la chaleur des enfants Stark qui nous introduisait pour la première fois à Westeros. Ici, on nous replonge dans l’univers directement avec la détresse d’un roi seul et isolé face à la mort de son épouse.

« OK, donc le bébé mort-né de Viserys dont la naissance a tué sa mère en couches, vous lui avez donné un nom ?
-Oui. Baelon.
-Ah OK. Baelon. C’est ballot. »


Daemon : le Prince de la Ville

Face à lui on nous présente son frère Daemon Targaryen, qui est là pour nous rappeler que Game of Thrones, c’est aussi des trahisons, du sexe et de la violence. Ainsi, si Viserys nous apporte l’envergure tragique du show, Daemon, en tant que gros connard, nous apporte sa dose de piquant. Daemon nous est directement présenté comme un bad guy ambitieux. On le voit pour la première fois sur le Trône de Fer, où il n’a bien sûr pas le droit d’être, et passe son temps à se réjouir qu’il ne perdra pas cette place d’héritier, et ce de façon assez odieuse au vue des circonstances. Mais ce qui le rend particulièrement dangereux c’est qu’il est le chef de la police, et que… bah niveau violence policière il atteint un sacré niveau quoi. C’est bien simple : si avant Port-Réal était un lieu mal famé où on craignait les criminels, maintenant c’est un lieu mal famé où l’on craint la police. Et entre la police de Daemon et les septons fanatiques de la saison 5 de Game of Thrones, on se rend compte que quelle que soit l’époque, Port-Réal n’est pas du tout une ville où il fait bon vivre.

« OK, donc si j’ai bien compris c’est vous le Targaryen démoniaque, et on vous a appelé Daemon.
-Oui.
-La vache, vous avez pas d’imagination dans votre famille pour les noms.
-M’en parle pas, dans 172 ans un de nos descendants va appeler son fils aîné Aegon, et son fils cadet Aegon aussi.
-Ah oui, effectivement, ça va pas s’améliorer.
-Je confirme. Bon je vous laisse, j’ai garé mon dragon Caraxès en double file.
-Et Caraxès c’est…
-Le dragon qui a du Caractère, oui. Et oui, c’est pas non plus original, mais dans 172 ans une de nos descendantes appellera son propre dragon Drogon donc me fait pas chier sur les noms. »

Cette police ultra-violente lui est présentée comme fidèle. En effet, c’est Daemon qui les a réformés et leur a donné un manteau d’or pour qu’ils soient reconnus de tous.

« Mais pourquoi nous avoir donné un Manteau d’Or comme emblème ?
-Parce qu’à la base c’est votre pourpoint qui devait être doré, mais avec tout le monde croyait que vous vous appeliez les Gilets Jaunes, et c’était de très mauvais goût de faire des violences policières au nom des Gilets Jaunes. Du coup c’est devenu les Manteaux d’Or. »

Au final, dès ce premier épisode, les deux frères Viserys et Daemon sont construits en miroir. Là où Viserys est responsable, Daemon ne se montre jamais à la Cour. Là où Viserys est un non-violent naïf qui ne veut pas voir les menaces qui planent sur ses épaules, Daemon est une brute épaisse. Là où Viserys est le roi dans un jeu de cour raffiné, Daemon est le Prince de la Ville, que l’on voit surtout dans les ruelles de Culpucier. Et là où Viserys protège son frère des manœuvres d’une Cour qui veut le voir partir le plus loin possible, Daemon protège le sien en le débarrassant de ses ennemis. D’une certaine façon, on peut imaginer un écho de la relation Oberyn-Doran dans les romans du Trône de Fer, mais en exacerbé jusqu’au conflit. Et là où Daemon aurait pu facilement devenir un personnage caricatural, on peut louer l’excellent jeu de Matt Smith (DoctorWho, the Crown) qui arrive à faire ressortir l’humanité de ce personnage, qui veut protéger son frère de sa faiblesse mais qui se sent rejeté par ce dernier, une humanité qu’il montrera lors d’une scène de dispute avec lui, alors que le Prince Vaurien a franchement dépassé les bornes en appelant son neveu mort-né « l’héritier d’un jour ».


Rhaenyra, la Princesse qui fut Promise

Troisième Targaryen d’importance : la princesse Rhaenyra. Un personnage dont je n’aurais pas grand-chose à dire en elle-même, tant elle passe au second plan derrière son père et son oncle. Mais bon, c’est assez normal que tout le monde ne soit pas marquant dès le pilote. Ce qui la rend plus anecdotique, c’est que ses traits de caractères sont pour le moment plus classiques. Elle aime sa famille et entretient de bonnes relations avec chacun d’entre eux. Elle est suffisamment habile pour négocier en haut valyrien avec Daemon pour qu’il descende de ce foutu Trône de Fer. Elle aime voler ce qui la rend suffisamment impertinente, tout en restant sagement dans son rôle de princesse royale. Bref, c’est un peu une princesse lambda… A ceci près que la mort de sa mère, de son petit frère mort-né, et le comportement odieux de Daemon vont l’amener à devenir l’héritière du Trône de Fer. Bref, elle nous est présentée comme le personnage principal, mais vu que pour le moment elle ne prend pas de décision, elle reste en second plan.

A noter un point important à son sujet : c’est que juste avant que Viserys la nomme comme héritière du Trône de Fer, il lui révèle une information cruciale qui risque de pas mal faire parler. En effet, Viserys révèle à sa fille que si les Targaryen ont fui Valyria et ont conquis Westeros, c’est parce qu’ils savaient que dans quelques siècles les Morts envahiraient le continent, et que seul un Targaryen pourrait les repousser. Ce Targaryen étant Jon Snow, qui unira les Royaumes pour lutter contre eux. Ainsi, Rhaenyra a le devoir de garder le royaume uni et la maison du Dragon forte pour que le monde survive.

Alors… Pour les lecteurs attentifs cette révélation, jamais dévoilée explicitement dans les livres, n’est pas si étonnante que ça. On sait que Jaehaerys II connaissait l’histoire du Prince qui Fut Promis, tout comme Rhaegar et Mestre Aemon, et probablement Freuxsanglant et Aerys Ier. Que cette légende soit également connue et transmise à l’époque de Viserys Ier n’est donc pas incongru en soit dans le canon. La question que je me pose est : est-ce que cette révélation restera juste un clin d’œil lourdingue à Game of Thrones, ou aura-t- elle un impact réel sur l’histoire de Rhaenyra ? Je veux dire… On vient juste de lui poser la survie de l’humanité sur le dos là, bonjour la pression ! Et en connaissant la façon dont l’intrigue de la Longue Nuit se termine en eau de boudin, est-ce vraiment judicieux d’en rajouter une couche ? À moins que la vraie conclusion de l’arc de la Longue Nuit ait lieu dans la série en développement sur Jon Snow, si elle sort sur nos écrans un jour ?


Réalisation

Une chose qui m’a étonné, c’est que, alors que House of the Dragon est une série blockbuster à plusieurs centaines de millions de dollars de budget, la mise en scène reste étonnement sobre et peu démonstrative. Même la musique de Ramin Djawadi se fait discrète dans l’ensemble, si on oublie le thème de Rhaenyra à la fin. La réalisation est bonne et a ses fulgurances, notamment lors de la scène du tournoi montée en parallèle avec la mort, illustrant à merveille les rêves de grandeur de Daemon et sa chute, mais rien d’ouvertement spectaculaire, ce qui change pas mal de la mode actuelle (et c’est pas si mal).


Conclusion

Après le nanardesque des dernières saisons ça fait du bien de revoir Game of Thrones se baser de nouveau sur la complexité humaine et le réalisme de ses personnage. House of the Dragon prend des risques là où on ne s’y attend pas, et pourrait bien revenir à la hauteur de son aînée. Reste que ce pilote est surprenamment sombre et triste, surtout comparé à celui de Game of Thrones. À la place de la bonhomie de Robert Baratheon nous avons un Viserys tragique et esseulé. Pour contrer la verve de Tyrion Lannister, nous avons celle, plus odieuse, de Daemon. Et en comparaison de la fougue de Bran ou d’Arya, on a celle plus retenue de Rhaenyra. Le résultat est tout aussi bon, mais dans un autre registre. Reste à savoir où cette nouvelle intrigue va nous mener, mais pour ma part, j’ai hâte de voir les prochains épisodes !